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  TITRE 2 LES STRATEGIES DES ENTREPRISES FACE AUX DIFFICULTES

La défaillance d'une entreprise est un phénomène naturel en économie de marché : en éliminant les entreprises les moins aptes à dégager des profits, elle permet une réallocation des ressources au bénéfice d'entreprises plus compétitives.
Néanmoins, beaucoup de défaillances pourraient être évitées. En effet, les difficultés sont visibles plusieurs années à l'avance.

 L'entreprise peut donc prévoir ces difficultés par une bonne analyse de ses documents comptables (chapitre 1).
L'entreprise doit aussi intégrer la gestion des risques dans ses stratégies (chapitre 2).
Enfin, le cas échéant, lorsque les difficultés apparaissent, l'entreprise doit les gérer au mieux (chapitre 3)

 Principales abréviations utilisées dans ce titre
- Soldes intermédiaires de gestion (SIG) :
- VA: valeur ajoutée
- EBE : excédent brut d'exploitation
- RCAI : résultat courant avant impôt
- CAF : capacité d'autofinancement
- CAHT : chiffre d'affaires hors taxes
- FR : fonds de roulement
- BFR : besoin en fonds de roulement
- BFRE : BRF d'exploitation
- BRFHE :BFR hors exploitation
- TN : trésorerie nette
- EAR : effets à recevoir
- EENE : effets escomptés non échus
- EAP : effet à payer
- TTC : toutes taxes comprises
- ETE : excédent de trésorerie d'exploitation
- IS : impôt sur les sociétés

 

CHAPITRE 1 LA PREVISION DES DIFFICULTES

La prévision des difficultés est primordiale pour l'entreprise et ses partenaires. Elle permet d'agir avant qu'il ne soit trop tard. Pour cela, il existe différentes analyses qui permettent de juger de la santé de l'entreprise. L'analyse de l'équilibre financier permet d'apprécier la solvabilité de l'entreprise (section 1). L'analyse financière par les ratios permet de mesurer la rentabilité et d'apprécier la structure financière de l'entreprise (section 2). Enfin, il y a deux outils qui permettent d'évaluer les risques (section 3).

 SECTION 1 - L'ANALYSE DE L'EQUILIBRE FINANCIER

Nous allons étudier deux analyses : l'analyse statique et l'analyse dynamique. Ces deux analyses sont complémentaire et doivent être pratiquées simultanément.

 1-1- L'analyse statique

L'analyse statique de l'équilibre financier privilégie la notion de fonds de roulement. Le fonds de roulement doit être positif et il représente une marge de sécurité devant permettre à l'entreprise d'honorer ses engagements envers les tiers, c'est à dire qu'il doit permettre de préserver la solvabilité.

 FR = Capitaux permanents - Actifs immobilisés
BFRE = stocks + créances d'exploitation - dettes d'exploitation
BFRHE = créances hors exploitation - dettes hors exploitation
TN = FDR - (BFRE+BFRHE)

 Il y a deux notions de fonds de roulement qui permettent de réaliser deux approches différentes de l'équilibre financier :
- L'analyse liquidité
- L'analyse fonctionnelle

1-1-1- L'analyse liquidité

Cette analyse repose sur une conception patrimoniale de l'entreprise et sur des critères de classement des postes du bilan. L'analyse liquidité repose sur un bilan financier (ou bilan liquidité). On a : FR = capitaux propres + dettes à long terme - actif immobilisé ou FR = actif circulant - dettes à court terme 

On peur faire différentes analyses par le biais de ratios:
    - L'analyse de la solvabilité : Actif net corrigé / passif doit être supérieur à 20%. L'entreprise doit être capable de faire face à ses engagements avec ses actifs.
    - L'analyse exigibilité - liquidité:

 On utilise des ratios de liquidité. En effet ces ratios reflètent la solvabilité de l'entreprise à court terme, c'est à dire sa capacité de remboursement des dettes à court terme au moyen d'actifs à moins d'un an. On peut analyser 3 ratios pour cela :
       * Ratio de liquidité générale = actifs à moins d'un an/ dettes à moins d'un an Ce ratio doit être supérieur à 1.
    * Ratio de liquidité réduite = actifs à moins d'un an sauf les stocks / dettes à moins d'un an Ce ratio doit être au moins égal à 0,7.
    * Ratio de liquidité immédiate = trésorerie / dettes à moins d'un an Ce ratio est généralement inférieur à 1.

 La solvabilité de l'entreprise correspond à sa capacité à faire face à ses engagements, non seulement à court terme, mais aussi à terme. L'analyse liquidité l'examine par rapport à la "règle de l'équilibre financier minimum " qui prévoit que le fonds de roulement doit être positif. Dans ce cas, en effet:
- La solvabilité à court terme est assurée puisque les actifs à moins d'un an sont supérieurs aux dettes à moins d'un an.
- La marge de sécurité qui en résulte doit permettre, à terme, de faire face à une éventuelle détérioration de la rotation des actifs et passifs à moins d'un an, et dons de préserver " durablement la solvabilité ".
- Enfin, un fonds de roulement positif serait une présomption de trésorerie aisée dans la mesure où il permettrait d'absorber les retards dans les encaissements des créances à court terme et/ou l'accélération des dettes à court terme.

 1-1-2- L'analyse fonctionnelle

L'approche fonctionnelle trouve son origine dans la théorie des cycles, un cycle étant une séquence d'opérations ayant une certaine régularité et correspondant à une fonction d'entreprise. On peut ainsi distinguer le cycle d'exploitation d'investissement, le cycle des opérations courantes et le cycle des opérations de trésorerie. L'analyse fonctionnelle s'appuie sur un bilan fonctionnel. On a :
    Fonds de roulement net global(FRNG) = ressources durables - emplois durables
    BFRE = actif circulant d'exploitation - passif d'exploitation
    BFRHE = actif circulant hors exploitation - passif circulant hors exploitation
    BFR global = BFRE + BFRHE TN =FRNG - BFR

 

Analyse de l'équilibre financier par les ratios de rotation

 * Ratio de rotation du BFRE = (BFRE * 360) / CAHT Si ce ratio se situe à un niveau anormal, on peut trouver la cause par l'étude des principales composantes du BFRE , c'est à dire les stocks, les créances clients, et les dettes fournisseurs. Les ratios analysant ces 3 composantes permettent d'étudier la rotation des composantes du BFRHE, c'est à dire leur aptitude à se transformer plus ou moins vite en liquidité pour les stocks et les créances clients ou en décaissement pour les dettes fournisseurs. C'est de cette aptitude dont dépend le besoin (ou la ressource) de financement de l'entreprise et les charges financières qu'elle devra supporter.

 * Ratio de rotation pour les marchandises = coût d'achat des marchandises vendues stock moyen de marchandises

 * ratio de rotation pour les créances clients = CAHT / créances clients + EAR +EENE o Ratio de rotation pour les dettes fournisseurs = achats TTC / dette fournisseurs + EAP Pour assurer une bonne liquidité, il est préférable que le délai de paiement des clients soit supérieur à celui des fournisseurs.

 Analyse des différents équilibres financiers : Pour que l'équilibre financier soit respecté, il faut que l'actif immobilisé brut et le BFRE soient financés par des ressources durables On peut alors calculer la marge de sécurité (ou de déséquilibre) qui est égale à : Ressources stables - capitaux investis 

L'équilibre financier peut être aussi mesuré en valeur relative par le ratio : Couverture des capitaux investis =(ressources stables*360) / capitaux investis Ce ratio doit être supérieur à 100%. Suivant cette approche, plus la couverture des capitaux investis est faible, plus la structure financière semble fragile car, alors, les besoins stables sont financés en partie par des crédits de trésorerie qui risquent d'être réduits ou même supprimés en cas de circonstances conjoncturelles défavorables.

 

Il existe 6 cas courants d'équilibre financier suivant l'approche fonctionnelle :

* Cas où le BFR est positif :
1. FR > 0 ; TN > 0 Le BFR est entièrement financés par des ressources permanentes dont l'importance permet de dégager des disponibilités dont il convient de rechercher si elles ne recouvrent pas un sous emplois des capitaux.
2. FR > 0 ; TN < 0 .Le BFR est financé partie par des ressources permanentes et en partie par un excédent des concours bancaires courants sur les disponibilités. Il convient d'apprécier l'importance du risque bancaire courant.
3. FR < 0 ; TN <0 Les concours bancaires courants couvrent une partie des actifs fixes, le BFR, les disponibilités. Cette situation est mauvaise si elle n'est pas occasionnelle et exige de reconsidérer les structures de financement

 * Cas où le BFR est négatif (ressources en fonds de roulement) :
4. FR > 0 ; TN >0 Les ressources induites par le cycle d'exploitation s'ajoutent à un excédent de ressources permanentes pour dégager un excédent de liquidités important dont il est utile de juger s'il ne recouvre pas un sous emploi des capitaux.
5. FR < 0 ; TN >0 Les ressources issues du cycle d'exploitation couvrent un excédent de liquidités, éventuellement excessives, mais encore une partie de l'actif immobilisé. Les fournisseurs et les avances de la clientèle financent le cycle mais aussi une partie des immobilisations. Un renforcement des ressources stables est à examiner.
6. FR < 0 ; TN <0 Les ressources permanentes ne couvrent qu'une partie de l'actif immobilisé et leur insuffisance est compensée par les fournisseurs, les avances de la clientèle et les concours bancaires courants. La dépendance financière externe de l'entreprise est grande et la structure des financements est à revoir.

 

1-2- L'analyse dynamique

L'analyse dynamique permet de diagnostiquer et d'expliquer l'évolution du déséquilibre financier mais ne permet pas d'apprécier l'ampleur du déséquilibre.

 1-2-1- Le tableau de variation de l'encaisse

L'objectif de ce tableau est d'expliquer l'origine des variations des liquidités. Il met en évidence les différents flux de trésorerie et de flux de fond. Un flux de fond est une variation de stocks d'emplois ou de ressources. Les flux de trésorerie sont soit des flux d'encaissement, soit de décaissement.

 a) Analyse de l'ETE, EBE, et de variation du BFRE Le tableau de variation d'encaisse permet de mettre en évidence une relation fondamentale au niveau du cycle d'exploitation :
            ETE = EBE - variation du BFRE
L'ETE (excédent de trésorerie d'exploitation) constitue le flux de trésorerie sécrété par le cycle d'exploitation au cours de l'exercice. L'EBE est le flux de fond sécrété par le cycle d'exploitation. Cette relation permet notamment de cerner la différence entre le résultat (EBE) et la trésorerie (ETE). Un résultat positif n'implique pas une variation équivalente de la trésorerie. Ainsi, l'EBE ne constitue qu'un flux de trésorerie potentiel. Même si la variation du BFRE est supérieure à l'EBE, une entreprise bénéficiaire peut connaître des difficultés de trésorerie. Là, l'EBE ne suffit pas à financer le besoin de financement lié au cycle d'exploitation.

 b) Analyse de la CAF, l'autofinancement et le cash-flow Le tableau de variation de l'encaisse permet également de mettre en évidence les notions de capacité d'autofinancement et d'autofinancement. La CAF représente le "flux de fonds propres interne qui reste à la disposition de l'entreprise pour s'autofinancer avant le prélèvement du dividende". Autofinancement = CAF - dividende prélevé

 c) ETE comme mesure de la capacité de remboursement et de l'autonomie financière
    * La mesure de la capacité de remboursement à partir de l'ETE est plus pertinente que la mesure à partir de la CAF (la CAF ne représentant qu'un flux potentiel de trésorerie). L'ETE doit couvrir au minimum les charges financières. ETE > charges financières Ou dans une mesure plus contraignante : ETE - impôts > charges financières + remboursements
    * L'ETE permet aussi d'évaluer l'autonomie financière : Indicateur d'autonomie financière : ETE - impôts / investissements Une faible autonomie témoigne d'un risque élevé car elle témoigne d'une forte dépendance à l'endettement pour financer ses investissements.

 1-2-2- Le tableau de financement

Ce tableau est constitué à partir des flux de fonds. Il se base sur la variation du FR fonctionnel, de la variation du BFR et de la trésorerie. L'analyse du tableau de financement permet de juger la politique de financement afin de diagnostiquer le risque de faillite. Pour cela, il est préférable d'avoir un historique de 3 ans.

 a) la référence à la règle de l'équilibre fonctionnel L'interprétation du tableau se fonde sur le respect de la règle d'équilibre FR - BFR - TN. Un accroissement de la trésorerie représente une évolution favorable et inversement. Le but de l'analyse est d'identifier les causes qui expliquent l'évolution de la couverture du BFRE par le FR fonctionnel. Il convient d'identifier le caractère conjoncturel ou structurel des variations du BFRE en particulier.

 b) l'analyse de la politique de financement et la capacité de remboursement La politique de financement s'apprécie en fonction de la couverture des emplois par les ressources stables et notamment par les fonds propres. On peut apprécier la capacité de remboursement par deux ratios fondés sur la CAF :
    * Dettes financières stables / CAF < 3 ou 4 ans Ce ratio permet d'évaluer le nombres d'années nécessaires au remboursement des dettes stables.
    * CAF / remboursement des dettes financières stables >2 Si ce ratio est inférieur à 2, cela signifie que l'entreprise recourt à des fonds externes pour faire face au remboursement des dettes. Cette situation si elle n'est pas temporaire témoigne d'un risque de faillite important.

 L'analyse de l'équilibre financier permet d'apprécier la solvabilité de l'entreprise. Néanmoins, un déséquilibre financier n'est pas catastrophique en soi car nombre d'entreprises sont en situation de déséquilibre et ont une trésorerie négative mais ça ne compromet pas leur pérennité. Une analyse plus approfondie par les ratios semble alors nécessaire pour apprécier la structure financière.

 

SECTION 2 - L'ANALYSE FINANCIERE PAR LES RATIOS

Cette analyse permet de mesurer la rentabilité et l'appréciation de la structure financière. Une entreprise est rentable si elle atteint ses objectifs et si elle réalise un bénéfice avec un minimum de moyens. La structure financière résulte du type de ressources utilisées pour financer les emplois.

 2-1- Les ratios de rentabilité économique

Le constat de la rentabilité économique peut s'effectuer à l'aide des deux ratios suivants :

 Rentabilité économique = EBE / actif immobilisé brut + BFRE = résultat d'exploitation /(actif immobilisé net + BFRE)
Pour analyser cette rentabilité économique, il faut analyser les coûts et la structure d'exploitation.

 2-1-1- L'analyse des coûts

Ces coûts ont pu être générés par des moyens externes ou internes.
* Pour un entreprise commerciale, il est important d'apprécier le niveau de la marge commerciale. Par comparaison aux concurrents, cette information permet de détecter une première cause de faiblesse de la valeur ajoutée et donc du résultat. Les ratios à calculer sont les suivants : Taux de marge = marge commerciale / coût d'achat des marchandises vendues Taux de marque = marge commerciale / prix de vente des marchandises vendues
* Le même raisonnement peut être tenu pour une entreprise industrielle: ratio = production vendue de biens / coût d'achat des matières premières consommées
* Il faut analyser le poste " autre achats et charges externes " qui est un poste important. Il est composé d'éléments très divers (locations, missions, réceptions, frais de télécommunication....) et a souvent le caractère de charges fixes : ratio = autres achats et charges externes / CAHT Pour ces 4 ratios, il existe deux types d'explications essentielles à une évolution anormale : - Pour toutes les entreprises, un problème de négociation des prix avec les fournisseurs ou avec les clients. - Pour les entreprises industrielles, une diminution de la productivité qui pèse sur le poste matières premières consommées.

 

Il faut à présent envisager le coût des capitaux empruntés par l'entreprise :
- Poids des charges financière = charges financière / CAHT ou charges financière / EBE Les charges financières doivent comporter des charges d'intérêts, c'est à dire les intérêts et charges assimilées ainsi que l'amortissement des primes de remboursement des obligations. Ces ratios mesurent le coût de financement externe et ne devraient pas dépasser 3% du CAHT ou 8% de l'EBE. A l'exception des frais financiers, le coût des moyens externes pèse sur le niveau de la valeur ajoutée et donc sur la possibilité de rémunérer les moyens internes.
- Le premier de ces moyens internes est le personnel. Deux ratios peuvent être calculés :
      Rémunération du personnel = charges de personnel / valeur ajoutée
      Productivité du personnel = production de l'exercice / charges du personnel
Le premier ratio indique le montant de charges du personnel par franc de valeur ajoutée crée : ce ratio est donc essentiel pour mesurer le prélèvement nécessaire sur la VA afin de rémunérer le personnel. La moyenne de ce ratio pour les entreprises industrielles et commerciales est de 66%. Le second ratio mesure la production réalisée par franc de charges de personnel et permet de porter un jugement sur la productivité de la main d'œuvre.

 Les immobilisations constituent le deuxième moyen interne mis en œuvre par l'entreprises:  Rémunération du capital économique = dotation aux amortissement / EBE Le niveau de rentabilité économique peut être expliquée par les coûts supportés par l'entreprises. Il faut analyser les moyens qui ont engendré ces coûts et plus particulièrement la structure d'exploitation.

 2-1-2- L'analyse de la structure d'exploitation

La structure de l'exploitation est composée de moyens internes: le personnel, les immobilisations d'exploitation et le besoin en fonds de roulement d'exploitation. - Le niveau d'intégration Plus une entreprise est intégrée moins elle fait appel à des fournisseurs pour réaliser sa production. On peut apprécier cette caractéristique par le ratio suivant :
        Taux de valeur ajoutée ou niveau d'intégration = VA / CAHT
Ce ratio mesure l'importance des moyens internes dans le total des moyens mis en œuvre. En moyenne, son niveau est de 35% dans l'industrie et 20% pour les entreprises commerciales. - Le personnel et les immobilisations d'exploitation
Pour les immobilisations, on peut calculer leur degré d'amortissement / plus celui-ci est proche de 1, plus l'immobilisation approche de sa "fin de vie théorique" et on peut alors supposer que son rendement est d'autant plus faible. Le ratio est le suivant :
         degré d'amortissement des immobilisations = amortissements cumulés des immobilisations d'exploitation / Immobilisations d'exploitation en valeurs brutes
On peut apprécier le rendement du personnel par le ratio :
        rendement du personnel = VA / effectif moyen
Pour l'industrie et le commerce, la moyenne de ce ratio est de 270000 f

2-1-3- L'évolution de la rentabilité

Même si le résultat peut paraître satisfaisant dan l'absolu, il peut comporter des éléments de risque qui indiquent une dégradation possible dans l'avenir.

- La part de l'exploitation et du hors exploitation dans le résultat L'activité principale doit représenter l'essentiel du résultat car c'est le domaine dans lequel on est censé avoir le plus de maîtrise. Trois ratios peuvent traduire la part de l'exploitation et du hors exploitation dans la formation du résultat : Résultat d'exploitation ou résultat financier ou Résultat exceptionnel Résultat net résultat net résultat net

- Degré de solvabilité des clients = provision pour dépréciation des créances inscrites au bilan Créances clients + EAR +EENE = dotation aux provisions pour dépréciation créances clients EBE Une augmentation anormale de ces ratios montre que le chiffre d'affaires réalisé repose sur une part croissante de clients non solvables.

- Existence d'éléments conjoncturels Une rentabilité faible peut être due à des faiblesses conjoncturelles qui peuvent disparaître. C'est le cas si l'entreprise a dû supporter des charges exceptionnelles qui ne devraient pas normalement se reproduire. On peut détecter ces aléas par le ratio : Charges exceptionnelles RCAI

 

2-2- Les ratios de structure financière

Il s'agit de s'intéresser cette fois aux éléments de la structure financière afin d'apprécier la solvabilité de l'entreprise.

2-2-1- Les ratios d'analyse de l'actif et du passif

Dans une optique financière, la plus ou moins grande liquidité est la caractéristique la plus importante de l'actif : elle permet d'apprécier son aptitude à se transformer en liquidité et donc à pouvoir régler ses dettes. Les 2 ratios suivants peuvent être utilisés :
     Liquidité de l'actif = actif immobilisé net ou actifs à plus d'un an actif total net actif total net
L'analyse du passif est plus complexe. Une première approche consiste à évaluer l'indépendance financière de l'entreprise, en mesurant la part des ressources internes est donc non exigibles dans le total des ressources. Ce ratio ne doit pas être inférieur à 1/3.
      ratio d'indépendance financière = capitaux propres passif total
L'évaluation de l'autonomie financière ne prend en compte que les dettes à moyen et long terme parmi les ressources externes. Le ratio mesure la capacité d'emprunt de l'entreprise, dans la mesure où l'endettement à terme n'excède pas la moitié des capitaux propres. Ce ratio doit être supérieur à 2.

     Ratio d'autonomie financière = capitaux propres / dettes à moyen et long terme
On peut également évaluer la capacité de remboursement de l'endettement à terme. Plus le ratio est grand, plus la capacité est grande.
    Capacité de remboursement de l'endettement à terme = CAF / dettes à moyen et long terme Pour les entreprises dont la trésorerie est négative, on peut apprécier l'importance du risque d'insolvabilité à court terme
     Capacité de remboursement des crédits de trésorerie = CAF / (soldes créditeurs de banque + EENE) Pour assurer la solvabilité de l'entreprise, une bonne cohérence doit exister entre l'actif et le passif : on parle alors d'équilibre financier.

 2-2-2- Les ratios d'équilibre financier

Le premier ratio à étudier est le ratio d'équilibre financier minimum. Il doit être supérieur ou égal à 1. Les capitaux permanents sont égaux à la somme des capitaux propres et des dettes à moyen et long terme.
         Ratio d'équilibre financier minimum = capitaux permanents / actifs à plus d'un an
Le fonds de roulement propre mesure la couverture de l'actif à plus d'un an par les seuls capitaux propres.
         Ratio de fonds de roulement propre = capitaux propres / actifs à plus d'un an

 2-2-3 - La rentabilité financière : étude de l'effet de levier

L'effet de levier financier désigne l'incidence qu'exerce l'endettement sur la rentabilité des capitaux propres de l'entreprise. Cet effet ne dépend que de la structure financière de celle-ci et est indépendant du risque économique. La rentabilité financière est à la fois le souci de l'investisseur et la condition de toute croissance de l'entreprise. Son étude vise à apprécier l'enrichissement de l'exercice qui revient aux associés par rapport à leur apport. Elle se calcule par le ratio suivant : résultat net / capitaux propres On peut décomposer la rentabilité financière de la manière suivante : Résultat net = résultat d'exploitation * résultat net * passif total Capitaux propres actif total résultat d'exploitation capitaux propres Soit rentabilité financière = rentabilité économique * impact de l'endettement

 

La rentabilité économique dépend de la rentabilité économique et de l'endettement

Soit e = rentabilité économique = RE / CP + D
RE = résultat d'exploitation
 

Soit r = rentabilité financière = RN / CP
CP = capitaux propres D =dettes RN = résultat net

R = (1-t)*(e+(e - i) *(D/CP)
T = taux d'IS I = taux moyen de la dette (e - i) est appelé levier ; D/CP est le bras de levier.
Le levier est positif ou négatif selon que la rentabilité économique est supérieure ou inférieure au coût moyen de la dette ; et évidemment, l'effet de levier sera d'autant plus fort que la différence entre les deux sera plus élevée. Pour un niveau de rentabilité économique donné, profiter de l'effet de levier, c'est utiliser la différence entre rentabilité économique et le coût de l'endettement pour accroître la rémunération des capitaux propres.
- Si le levier est positif, r sera d'autant plus élevé que l'endettement sera important. L'entreprise a alors intérêt à emprunter au maximum.
- Si le levier est négatif, l'endettement a une influence négative sur la rentabilité des capitaux propres. En cas de difficultés amenant une rentabilité économique faible, une entreprise endettée est exposée à des pertes sévères par suite de frais financiers à payer.
Ainsi, le risque financier est d'autant plus fort que l'entreprise est endettée. Les ratios sont un outil efficace du diagnostic des difficultés. Toutefois, certains ratios perdent de leur pertinence s'ils ne sont pas comparés avec des entreprises du même secteur d'activité.

 

SECTION 3 - DEUX OUTILS D'EVALUATION DU RISQUE : SEUIL DE RENTABILITE ET METHODE DES SCORES

Après constaté et analysé la situation passée, le gestionnaire doit faire apparaître les éléments représentatif d'un risque pour la survie de l'entreprise. Le seuil de rentabilité et la méthode des scores sont des techniques autonomes et fortement spécialisées dans l'analyse du risque.

 3-1- Le seuil de rentabilité

3-1-1- Principe du seuil de rentabilité

L'activité de l'entreprise est soumise au risque d'exploitation (ou risque économique) car elle ne peut pas prévoir avec certitude les différentes composantes de son résultat (coût, quantités, prix) et de son cycle d'exploitation (achats, transformation, vente). Mesurer ce type de risque, c'est évaluer la possibilité de faire des pertes ou un résultat insuffisant. Cette éventualité est liée à l'importance des charges fixes qui diminuent la flexibilité de l'entreprise, c'est à dire sa capacité à s'adapter à une variation du chiffre d'affaires. Le seuil de rentabilité analyse ce phénomène. A la différence des charges variables, les charges fixes devront être supportés par l'entreprise quel que soit le niveau de la conjoncture. Les charges variables sont proportionnelles au niveau d'activité et les charges fixes sont indépendantes. Le seuil de rentabilité est le niveau d'activité (chiffre d'affaires) qui permet d'absorber l'ensemble des charges (variables et fixes) d'une période : une fois ce seuil franchi, l'entreprise fait du bénéfice. Le seuil de rentabilité peut s'exprimer en francs, ou volume ou en jours. On parle aussi de chiffre d'affaires critique ou de point mort. Le seuil de rentabilité est atteint lorsque la marge sur coût variable est supérieure aux coûts fixes : dans ce cas, le bénéfice est égal à la marge sur coût variable réalisée sur les quantités vendues qui excèdent le point mort.

 

3-1-2- Calculs du seuil de rentabilité et du levier d'exploitation

La connaissance du seuil de rentabilité permet de fixer un objectif de chiffre d'affaires minimum et de répondre à la question : l'entreprise est-elle bénéficiaire ?

Calcul du seuil de rentabilité en volume (SR(v)) : SR(v) = q = CF/ MCV
q = quantité vendues pour atteindre le SR

MCV = CAHT - CV
CF = charges fixes
Taux MCV = MCV / CAHT
MCV = marge sur coût variable

 

Calcul du seuil de rentabilité en francs (SR(f)) SR(f) = SR(v) * p = CF / taux de MCV
p =prix de vente unitaire

 

Calcul du seuil de rentabilité en jours (SR(j)) Il s'agit en fait d'apprécier la date à laquelle le seuil de rentabilité sera atteint. SR(j) = (SR(f)*360)/CAHT

 

Calcul du levier d'exploitation (Le) Le levier d'exploitation mesure la rentabilité du résultat et donc des pertes possibles (ou des gains) dues à une variation de l'activité. On peut alors connaître la gravité du risque si le seuil n'est pas atteint. Le [(p - CV)*q ]/ [(p-CV)*(q-CF)] q = quantité vendue au cours de la période

 

Néanmoins, la méthode du seuil de rentabilité est fortement critiquable car elle repose sur des hypothèses de base un peu simplistes et par conséquent cette méthode est difficile à mettre en œuvre.

 

3-2- La méthode des scores

L'analyse comptable et financière d'entreprises ayant déposé leur bilan, montre que la plupart d'entre elles connaissaient des difficultés depuis 3 à 5 ans : le risque de défaillance serait donc inscrit dans les comptes de l'entreprise. Le principe de la méthode des scores est le suivant : connaissant les caractéristiques financières décrites au moyen de certains ratios d'un ensemble d'entreprises, dont certaines sont saines et d'autres défaillantes, on détermine une fonction linéaire de ratios choisis permettant de différencier les deux groupes d'entreprises. Les résultats obtenus par ce type d'analyse permettent, d'une part de décrire de façon synthétique les caractéristiques des entreprises défaillantes et, d'autre part, de prédire le risque de défaillance que court une entreprise donnée. La fonction de Conan et Holder repose sur l'analyse liquidité et la fonction de la Centrale des bilans de la Banque de France s'appuie sur une analyse fonctionnelle.

 

3-2-1- La fonction de Conan et Holder

Cette fonction a été établie, en 1978, à partir de l'observation de 31 ratios observés sur un échantillon de 190 PME, dont la moitié ont connu une défaillance, sur la période 1970-1975. Elle se présente ainsi :

 

Z = 0,24 R1 + 0,22 R2 + 0,16 R3 - 0,87 R4 - 0,10 R5 Où : R1 = EBE / total des dettes R2 = capitaux permanents / total de l'actif R3 = disponibilités / actif total R4 = frais financiers / CAHT R5 = frais de personnel / valeur ajoutée

 

Probabilité associées au score Z :

 

 Valeur du score Situation de l'entreprise Risque de défaillance 

 Z > 0,1 Bonne à très bonne < 30% et même < 10 pour Z <0,16 

 0,1 < Z < 0,04 alerte De 30 à 65% 

 0,04 < Z <-0,05 danger De 65 à 90% 

 Z < -0,05 échec > 90% 

 

Plus la valeur de Z est faible, plus l'entreprise est vulnérable.

 

3-2-2- La fonction de la Centrale de Bilans de la Banque de France

Ce modèle a été élaboré à partir de l'étude des ratios utilisés par la banque de France dans son dossier analyse. Ces ratios ont été calculés pour un échantillon de 3000 entreprises industrielles de moins de 500 salariés et classées en entreprises normales et défaillantes ( ces dernières ont été étudiées durant les 3 dernières années précédant leur défaillances ). L'observation a porté sur la période 1975-1980. La fonction se présente ainsi :

 

100Z = -1,255 R1 + 2,003 R2 - 0,824 R3 + 5,221 R4 - 0,685 R5 - 1,164 R6 + 0,3706 R7 +1,408 R8 - 85,544

 

R1 = frais financiers / RBE R2 = ressources stables / capitaux investis R3 = CAF / dettes totales R4 = REBE / CAHT R5 = dettes commerciales / achats TTC R6 = [VA(n) - VA(n-1) ]/ VA(n-1) ( variation de la VA entre l'année n et l'année n-1) R7 = encours - avances + créances / production R8 = investissements physiques / VA

 

La signification du score Z obtenu est le suivant : - Si Z< 0 : la probabilité d'être en difficulté est de 79,4% et celle d'être "normale "est de 20,6% - Si Z > 0 : la probabilité d'être normale est de 76,1% et celle d'être en difficulté est de 23,9%

 

La centrale des bilans est en droit d'accorder une certaine fiabilité à cette fonction - score étant donné l'importance de son échantillon et de ses moyens d'étude. Elle précise pourtant que cette méthode ne peut rendre compte de la totalité des phénomènes observés et ne constitue qu'un élément d'appréciation parmi d'autre.

 

Les méthodes de scoring sont intéressantes : la surveillance des scores est une technique de prévention qui met à la disposition des dirigeants des clignotants révélateurs de difficultés potentielles. Cependant, seuls les symptômes sont détectés et non les causes de dégradation.

 

Tous les outils étudiés dans ce chapitre permettent de prévoir et de diagnostiquer les difficultés et les risques. Le risque est inhérent à la vie de l'entreprise. La pérennité de celle-ci exige donc la maîtrise des différents risques encourus, ce qui suppose d'abord une bonne analyse et ensuite des possibilités de réaction. Dans un deuxième chapitre, nous allons étudier la gestion des risques.

 

 

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